Agnès Sorel
(1420-1450)

   
       
       

La “Dame de Beauté”, Agnès Sorel est née au début du XVe siècle, à la fin de la période de la guerre de Cent Ans, selon les historiens, en Touraine ou en Picardie, fille du gentilhomme Jean Soreau. Son éducation attentive est toute dédiée à la préparation de sa charge à la cour comme future demoiselle de compagnie d'Isabelle de Lorraine, reine de Sicile et femme du roi René.
Au moment où prend fin la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, la jeune et belle Agnès, blonde avec la peau claire, fait son apparition à la cour. Elle est rapidement remarquée par le fils d'un roi fou et d'une présumée ogresse - Charles VI et Isabeau de Bavière -, le roi de France, Charles VII, dont elle devient la favoriteofficielle”, la première dame officieuse du royaume de France.
En 1444, cette officialisation d’une maîtresse royale est d’une grande nouveauté à la cour. Par son extravagance lumineuse, servie par un sens affirmé de la mise en scène et des costumes resplendissants, quand l’abandon des voiles invente le “décolleté” révélant sans pudeur sa poitrine - comme l’évoque son fameux portait en Vierge à l'enfant entourés d'anges” , peint par Jean Fouquet (≈ 1450), partie droite du diptyque de Melun qui ornait le tombeau d'Étienne Chevalier, trésorier du roi de France, et ami d'Agnés Sorel, autrefois conservé à la collégiale Notre-Dame de Melun, aujourd’hui au musée des Beaux-Arts d'Anvers en Belgique -, la désormais, demoiselle de la maison de la reine Marie d'Anjou, fait s’éclipser reine et autres événtuelles rivales... À ses épaules nues répondent d’improbables coiffures, des traînes sans fin, des robes bordées de fourrures précieuses et des bijoux sans prix, offert par le roi, tel le premier diamant taillé connu de l’histoire... Elle fait les modes, puisant dans les merveilles orientales entassées dans son palais de Bourges et commercées par le grand argentier du roi, le fameux Jacques Cœur.
“Elle avait plus beaux parements de lit, meilleure tapisserie, meilleur linge et couvertures, meilleure vaisselle, meilleurs bagues et joyaux, meilleure cuisine et meilleur tout.” écrit Chastelain (1405-1475).
La cour les suit, le commerce prospère. Elle intrigue, elle triomphe, elle reçoit les fiefs de Vernon, Issoudun, Roquesezière, Loches et Beauté-sur-Marne...
Elle devient la “Dame de Beauté”.
“Et comme entre les belles estoit tenue pour la plus belle du monde fut appelée damoyselle de Beauté tant pour cette cause que pour ce que le roy lui avait donné à sa vie la maison de Beaulté lez Paris.” Enguerrand de Monstrelet (1390-1453).
Tout cela déplaît fort au dauphin, le futur Louis XI, qui ne supporte plus la relation d’Agnès avec son père et estime sa mère, la reine Marie d’Anjou, bafouée. Jusqu’au jour où excédé il la poursuivit l’épée à la main dans toute la résidence royale... ce qui lui vaudra d’être chassé de la cour par Charles VII, qui l’envoya “dauphineren Dauphiné.
Au fil des année de ce royal bonheur - ou de “débauchepour les moralistes -, elle donne à son amant trois filles, les “bâtardes de France”, qui seront légitimée et mariée à de beaux partis, et à la fin de sa vie un fils, après la naisance duquel, elle meurt, le 9 février 1450 à l’âge de vingt huit ans, au manoir de la Vigne au Mesnil-sous-Jumièges près de Rouen... L'enfant ne lui survivra que de quelques semaines.
Elle légue ses biens à la collégiale de Loches pour que des messes y soient dites pour le repos de son âme, à l'abbaye de Jumièges où repose son cœur, ainsi qu'aux membres de sa famille et au roi à qui elle lègue ses bijoux.
Sa mort, si soudaine, fait croire à un empoisonnement, on accuse, selon, Jacques Cœur, son très “proche” ami et exécuteur testamentaire, le dauphin, le futur Louis XI, “proche” ennemi, sa cousine germaine, Antoinette de Maignelais, qui trois mois après la remplaçait dans le lit du roi, son médecin, Robert Poitevin, qui hérita d’une partie de ses biens... Une récente autopsie de son cadavre a révélé de très importantes traces de mercure dans son système digestif, infesté d'ascaris : traitement ou poison ?
Sa sépulture se compose de deux magnifiques tombeaux de marbre et d’albâtre, commandés par le roi, l’un pour l’abbaye de Jumièges en Seine-Maritime, où repose son cœur, et l’autre, avec son gisant d’albâtre - magnifique sculpture attribuée selon les auteurs à Michel Colombe ou à Jacques Morel, posée sur un socle de marbre noir orné d’écriture gothique (“Cy gist noble damoyselle Agnès Seurelle en son vivant dame de Beaulté, de Roquesserière, d'Issouldun et de Vernon-sur-Seine piteuse envers toutes les gens et qui largement donnoit de ses biens aux eglyses et aux pauvres laquelle trespassa le IXe jour de février l'an de grâce MCCCCXLIX, priies Dieu pour lame delle. Amen”) - pour la collégiale Saint-Ours de Loches, et le reste de son corps. Déplacés ensuite par Louis XVI, du chœur à la nef, puis profanés en 1794 par les "volontaires" de l'Indre, ses restes furent déposés dans le cimetière du chapitre et le tombeau mis en place dans différentes salles du Logis royal, avant de retrouver depuis 2005, la collégiale Saint-Ours, selon ses dernières volontés.

Bibliographie :
- Philippe Robert, "Agnès Sorel, Hachette", Paris, 1983 (ISBN 2010075250)
- Françoise Kermina, "Agnès Sorel : la première favorite", Perrin, Paris, 2005 (ISBN 226201843X)
- Georges Minois, "Charles VII", Paris, 2005 (ISBN 2286018340)
- Jeanne Bourin, "La Dame de beauté", Livre de Poche (n°6341), Paris, 1990 (ISBN 2253041696)

Quelques portraits
de la
Dame de Beauté